...
C’était
une pierre ovale et plate, qui possédait un côté opaque et une autre face d’un
gris vert changeant, polie par l’usage qu’en avaient fait les générations de
femmes de sa famille, la frottant, l’embrassant, lui passant de l’huile et du
henné, l’enveloppant dans la soie, la plaçant sous l’oreiller pour favoriser
les songes…
Elle
en connaissait l’usage pour en avoir entendu parler à voix basse. Chaque femme
possédait une pierre magique qu’elle gardait précieusement dans son coffre ou
accrochée à son collier d’argent. Elle faisait partie de l’héritage maternel.
Parfois une femme trouvait une de ces pierres qui l’interpellait dans l’oued,
après la pluie. Elle la prenait alors et lui faisait passer « l’épreuve de
la vie ». Il fallait qu’elle la tienne à l’intérieur des deux mains et
qu’elle souffle profondément dessus. Si la pierre se couvrait de rosée, alors
elle était « habitée », si elle restait sèche elle était dépourvue de
pouvoir.
Si,
par bonheur, la pierre s’était couverte d’humidité, alors la bienheureuse détentrice
se rendait chez la femme marabout qui lui confirmait la présence d’un génie
dans la pierre et lui disait ce qu’elle devait faire pour le mettre à son
service.
Ainsi,
la mère de Thouraya avait dû mettre la pierre sous sa tête pour dormir. Et elle
avait reçu un songe. Dans ce rêve, une femme très belle était apparue, qui
accouchait d’une gazelle. La derwicha lui avait dit qu’elle serait bientôt
enceinte et qu’elle mettrait au monde une femme sage et belle qui aurait accès
au monde sacré. Et Thouraya était née à la dixième lune après ce songe.
On
racontait une histoire étrange à propos de ces pierres qui suscitaient beaucoup
de convoitises dans le petit monde des femmes, désireuses de plier la volonté
du ciel à leurs désirs pas toujours avouables.
Extrait de "De sable et de sang"
Ghislaine Wattel
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire