mercredi 7 décembre 2016

Traditions du désert - la magie de la pierre





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C’était une pierre ovale et plate, qui possédait un côté opaque et une autre face d’un gris vert changeant, polie par l’usage qu’en avaient fait les générations de femmes de sa famille, la frottant, l’embrassant, lui passant de l’huile et du henné, l’enveloppant dans la soie, la plaçant sous l’oreiller pour favoriser les songes…
Elle en connaissait l’usage pour en avoir entendu parler à voix basse. Chaque femme possédait une pierre magique qu’elle gardait précieusement dans son coffre ou accrochée à son collier d’argent. Elle faisait partie de l’héritage maternel. Parfois une femme trouvait une de ces pierres qui l’interpellait dans l’oued, après la pluie. Elle la prenait alors et lui faisait passer « l’épreuve de la vie ». Il fallait qu’elle la tienne à l’intérieur des deux mains et qu’elle souffle profondément dessus. Si la pierre se couvrait de rosée, alors elle était « habitée », si elle restait sèche elle était dépourvue de pouvoir.
Si, par bonheur, la pierre s’était couverte d’humidité, alors la bienheureuse détentrice se rendait chez la femme marabout qui lui confirmait la présence d’un génie dans la pierre et lui disait ce qu’elle devait faire pour le mettre à son service.
Ainsi, la mère de Thouraya avait dû mettre la pierre sous sa tête pour dormir. Et elle avait reçu un songe. Dans ce rêve, une femme très belle était apparue, qui accouchait d’une gazelle. La derwicha lui avait dit qu’elle serait bientôt enceinte et qu’elle mettrait au monde une femme sage et belle qui aurait accès au monde sacré. Et Thouraya était née à la dixième lune après ce songe.

On racontait une histoire étrange à propos de ces pierres qui suscitaient beaucoup de convoitises dans le petit monde des femmes, désireuses de plier la volonté du ciel à leurs désirs pas toujours avouables.

Extrait de "De sable et de sang"
Ghislaine Wattel

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